Archives avec Halim Benmabrouk entraineur à l'ASM

11 octobre 2009 - 20:21

Envoyer Imprimer Réagir Article paru
le 16 novembre 1994
Envoyer à un ami
E-mail du 1er destinataire
E-mail du 2e  destinataire
E-mail du 3e  destinataire
E-mail du 4e  destinataire
Votre e-mail
Votre nom et prénom
Y joindre un message
code
Veuillez recopier le code, les lettres en majuscule
Des Minguettes aux Minguettes, Ben Mabrouk mouille toujours le maillot
modération à priori

Ce forum est modéré à priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Un message, un commentaire ?

Titre :

Texte de votre message :

(Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Qui êtes-vous ? (optionnel)

Votre nom (ou pseudonyme) :

Votre adresse email :

Veuillez laisser ce champ vide :

 

Des Minguettes aux Minguettes, Ben Mabrouk mouille toujours le maillot

 

A huit ans, il tape ses premiers ballons sur les terrains de la ZUP. A dix-huit ans, sa carrière professionnelle commence, qui le mènera durant quatorze années sur tous les terrains hexagonaux et internationaux. A trente-quatre ans, il revient chez lui pour entraîner le club de ses débuts et se prépare à agir aux côtés de l’équipe municipale pour aider les jeunes de Vénissieux. Parcours commenté.

 

 

 

De l’un de nos envoyés spéciaux à Vénissieux.

UNE rangée de tours juste en face du stade. « C’est ici qu’habitait Luis », dit Alim. « Moi, j’étais de l’autre côté, derrière les arbres ». Seuls quelques terrains de football séparaient les deux gamins qu’étaient alors Luis Fernandez et Alim Ben Makrouk. C’est donc là que la rencontre allait s’opérer. Un ballon au pied. Un ballon qui devait les conduire bien loin de leur ZUP, sans que jamais le fil de leur jeunesse ne se rompe. Alim Ben Mabrouk, après quatorze années de professionnalisme, est aujourd’hui de retour dans sa cité, parmi les siens. Des projets plein la tête, pour « aider les autres » comme il dit. Depuis le mois de juin, Alim entraîne l’équipe première de l’AS Minguettes, dont Luis Fernandez, actuel coach du Paris-SG, est le président d’honneur. La boucle est bouclée. Et ce n’est pas un hasard. Entretien.

 

 

Dans votre vie d’homme et de footballeur, tout part donc des Minguettes ?

J’y suis arrivé à l’âge de huit ans. Avant, mes parents vivaient dans une sorte de bidonville à la Mulatière dans les environs de Lyon. Pour notre famille, c’était quelque chose de fantastique d’arriver ici. Pour moi, c’était la découverte d’une véritable passion : le football. Jusqu’à dix-huit ans, j’ai joué à l’AS Minguettes. Avec Luis, on ne pensait qu’à ça. On manquait les cours pour aller voir les pros de l’Olympique Lyonnais s’entraîner. Aujourd’hui, l’AS Minguettes est en Honneur et joue la montée en Nationale 3. Vous vous rendez compte : une ZUP qui jouerait à ce niveau-là, ce serait tout simplement unique !

 

 

A part le foot, elle se passe comment votre jeunesse ?

Je crois que j’ai eu la chance d’avoir un père sévère. Sans ça, je ne sais pas ce que je serais devenu. Je ne dis pas que je n’ai jamais fait de conneries, mais à aucun moment je n’ai mis les pieds dans l’engrenage de la délinquance. Ensuite, le foot a pris le relais. J’avais quelque chose à quoi m’accrocher. Des amis à moi n’ont pas eu cette chance. A dix-sept ans, j’avais un boulot de photograveur grâce au foot, où plutôt grâce à un monsieur qui aimait le foot et qui voulait m’aider. Déjà avec ce métier, je pouvais exister.

 

 

Comment se produit l’entrée dans le monde du foot pro ?

Vers dix-sept ans donc, on s’est dit avec Luis qu’il nous fallait tenter notre chance, faire des stages pour progresser. On a essayé partout, Lens, Auxerre, Valenciennes, Nancy, Nîmes. Même à l’Olympique Lyonnais, ils ne nous ont pas pris. A l’époque, c’était Fleury Di Nallo, un ancien international, qui s’occupait du recrutement des jeunes. Le motif ? On venait des Minguettes. Ça m’a vraiment déçu. Nous, on croyait être d’ici mais non, on était des Minguettes… Déjà que je n’entrais pas en boîte à Lyon parce j’étais arabe, là je ne pouvais même pas taper dans un ballon ! J’ai traîné ça longtemps et même après, au cours de ma carrière. Finalement, je me suis retrouvé comme stagiaire au Paris-FC et j’ai eu la chance de pouvoir confirmer rapidement. Ensuite est arrivée la fusion avec le Racing, puis l’arrivée de Lagardère. C’était un tremplin énorme pour moi.

 

 

Et vous découvrez un univers radicalement différent ?

Plus jeune, je n’imaginais pas que la vie pouvait être différente de là où je vivais, c’est-à-dire aux Minguettes. Mais je me trompais. Je découvrais l’argent, je côtoyais des vedettes, je dînais avec des patrons… En fait, je me suis mis à faire la jonction entre deux mondes inconciliables.

 

 

Parce que même célèbres, Alim Ben Mabrouk, comme Luis Fernandez, restaient les enfants des Minguettes ?

Parce que lorsqu’on vient des Minguettes, on ne peut pas l’oublier. Avec une jeunesse différente, je ne sais pas si j’aurais eu une volonté assez forte pour supporter certaines pressions qu’il y a dans le foot. Faut pas croire que la carrière du joueur pro c’est tout beau, tout rose. Il faut montrer en permanence qu’on a du caractère et surtout ne jamais se laisser faire. Les gens de l’extérieur n’arrivent pas à s’imaginer que le milieu du foot est complètement pourri. De toute façon c’est simple, partout où il y a de l’argent, ça devient pourri. Et c’est peut-être encore plus vrai dans ce métier-là, où dès que l’on n’est plus au top, on se retrouve vite seul.

 

 

Quand vous reveniez aux Minguettes, les rapports avec les gens d’ici avaient-ils changé ?

Non. J’étais resté le même. Je ne me mettais au-dessus de personne et pour cette raison, on m’estime encore ici. D’ailleurs j’ai gardé tous mes amis d’enfance.

 

 

Votre carrière compte également trente-cinq sélections avec l’équipe nationale d’Algérie.

C’était vraiment une grande joie de jouer pour le maillot algérien, moi qui ai grandi en France. Mais pour mes parents, c’était plus que ça encore. Beaucoup plus fort.

 

 

Après une parenthèse de quatorze années de professionnalisme, vous revenez aux Minguettes comme entraîneur du club de football. Pourquoi ?

Ma famille, mes amis, sont ici, ce retour n’a donc rien d’extraordinaire. Je crois que les conditions étaient réunies pour que cela se fasse, voilà tout. En ce qui concerne l’AS Minguettes, j’amène deux sponsors, une grosse boîte informatique lyonnaise et une boîte immobilière de placement. Ils sont venus me voir en me disant qu’ils étaient prêts à investir dans le club si je devenais l’entraîneur. Une fois ma carrière terminée, je voulais couper avec le foot mais là on m’offrait la possibilité de donner un coup de main au club de ma jeunesse. Je n’ai pas mis longtemps à réfléchir…

 

 

Vous l’avez retrouvé comment votre ZUP ?

Changée. Il y a des tours en moins. Les mentalités aussi ont changé. Les Minguettes ne veulent plus traîner cette sale réputation. Le premier été chaud s’est passé ici au début des années quatre-vingt ; ce fut comme une locomotive. Du coup, la France entière a vu à travers les Minguettes le condensé de tous les malheurs de la banlieue. C’est ça que je voudrais changer. Casser cette image. Le sport peut y aider. Les terrains du club sont à l’intérieur de la ZUP et lorsque les gens débarquent ici, il sont surpris. Ils s’attendent à voir un monstre de béton alors que c’est la ZUP la plus fleurie de France.

 

 

Concrètement quel est votre projet ?

Le club compte 350 licenciés. Si parmi ceux-là, dix, voire vingt, peuvent trouver un boulot, ce sera déjà un pas important. Moi je sers de lien et de caution entre les jeunes et des entreprises que l’on contacterait par le biais de l’AS Minguettes. Si déjà il peut y avoir un déclic… Le sport est ce que je connais le mieux, mais on va essayer d’aider les jeunes par tous les moyens possibles, qu’ils soient culturels, scolaires, etc. A ce propos, le maire de Vénissieux m’a proposé de faire partie de son équipe. Moi, je ne veux pas avoir une étiquette politique - ce n’est pas mon domaine -, mais si mon engagement aux côtés de ceux qui agissent pour les même buts peut apporter quelque chose, là, je suis d’accord. Je dois encore avoir des discussions à ce sujet avec André Gerin, disons que je pourrais devenir une sorte d’ambassadeur auprès des jeunes afin de connaître leurs besoins et d’essayer avec eux de trouver des solutions.

 

 

Tous ne peuvent pas devenir des stars du foot ?

Moi c’était le football, mais tous les jeunes doivent pouvoir trouver un terrain où ils peuvent s’exprimer et réussir. Ça, c’est mon message. Mais je sais qu’il faut que tout le monde s’y mette et, pour ça, on a la chance à Vénissieux d’avoir beaucoup d’associations qui font un gros travail en direction des jeunes. C’est ce qui me donne confiance.

 

 

LAURENT CHASTEAUX

 

 

Propos recueillis par l'Humanité.

Commentaires

RECRUTEMENTS - INSCRIPTIONS